Dans de nombreuses entreprises un phénomène préoccupant s’est installé : la confusion profonde entre le métier de développeur et une boîte à outils humaine capable de tout faire. Les offres d’emploi témoignent de cette dérive, avec des attentes irréalistes, incohérentes et contre-productives.
1. Des offres d’emploi sorties de l’imaginaire et non du besoin réel
Il n’est pas rare de voir une offre chercher un seul individu capable de :
- développer des applications web,
- créer des applications mobiles,
- administrer un réseau,
- gérer le secrétariat,
- produire du design UI/UX,
- faire du DevOps,
- maîtriser PHP, Java, Python, Go, JavaScript… Le tout dans un seul profil.
Cette vision transforme la recherche d’un expert en une quête d’un mythe technologique, un “super-héros numérique” qui n’existe tout simplement pas.
2. Les entreprises ne recrutent pas la compétence, mais l’homme à tout faire
Au lieu d’identifier un besoin précis, d’évaluer une compétence ou un savoir-faire spécifique, les entreprises cherchent un profil fourre-tout.
Cela révèle :
- un manque de maturité technologique,
- une absence de structuration des équipes,
- une méconnaissance des métiers du numérique,
- une incapacité à définir des besoins fonctionnels ou techniques.
Ce type de recrutement est symptomatique d’organisations qui veulent tout faire, mais qui ne savent pas encore ce qu’il faut pour bien faire.
3. Comment espérer innovation et efficacité avec un tel modèle ?
L’innovation repose sur trois piliers :
- la spécialisation,
- la collaboration,
- la complémentarité des compétences.
Or, lorsqu’une entreprise exige d’un seul individu la compétence de toute une équipe multidisciplinaire, elle s’éloigne radicalement des standards modernes.
Résultat :
- fatigue professionnelle,
- baisse de productivité,
- stagnation technologique,
- incapacité à livrer des solutions robustes.
Il est impossible d’obtenir efficacité et innovation en forçant un développeur à être simultanément designer, administrateur système, DevOps, community manager et expert en cinq langages de programmation.
4. Dans un monde où les talents émergent, ces pratiques deviennent suicidaires
Aujourd’hui, les talents technologiques émergent plus vite que jamais.
Les métiers se spécialisent :
- backend engineer,
- frontend engineer,
- mobile engineer,
- data engineer,
- DevOps,
- product designer,
- QA engineer…
Chercher à fusionner tous ces rôles dans un seul individu montre que l’entreprise :
- ne comprend pas l’écosystème,
- refuse d’investir,
- ou n’a pas encore atteint le niveau de maturité nécessaire.
C’est l'une des raisons majeures pour lesquelles beaucoup d’entreprises qui se veulent “tech” n’arrivent pas à lancer une plateforme solide ni à résoudre un problème réel : elles ne recrutent pas ce dont elles ont besoin, car elles ne savent pas encore ce dont elles ont réellement besoin.
5. La voie à suivre : comprendre avant de recruter
Pour construire des solutions pertinentes, les entreprises doivent :
- définir clairement le problème à résoudre,
- identifier les compétences nécessaires,
- comprendre la portée réelle de chaque métier,
- éviter les fiches de poste “magiques”,
- recruter des spécialistes, pas des couteaux suisses humains.
Une entreprise ne peut pas prétendre innover si elle ne comprend même pas la structure d’une équipe technique moderne.
Conclusion
Le métier de développeur n’est pas une boîte à outils vivante.
C’est un domaine complexe, exigeant, spécialisé et évolutif.
Tant que les entreprises africaines et camerounaises continueront à rechercher “l’homme à tout faire”, elles se condamneront à l’inefficacité, à la stagnation et à l’incapacité d’innover.
Pour créer de véritables solutions, elles doivent commencer par une étape fondamentale : comprendre le métier, structurer les besoins, et recruter avec lucidité.
Top comments (0)