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Pourquoi les overlays d'accessibilité ne tiennent pas leurs promesses (et ce que la FTC vient d'acter)

Pourquoi les overlays d'accessibilité ne tiennent pas leurs promesses (et ce que la FTC vient d'acter)

Premier article d'une série de deux. Le second porte sur l'adaptation morphique comme alternative structurelle.

Le 22 avril 2025, la Federal Trade Commission américaine a approuvé à l'unanimité un consent order qui condamne accessiBe — l'un des plus gros vendeurs d'accessibility overlays au monde — à payer un million de dollars. Le montant est anecdotique au regard du chiffre d'affaires 2024 de l'entreprise (environ 51,3 millions de dollars selon les estimations publiques), mais le précédent juridique, lui, ne l'est pas.

Pour la première fois, une autorité fédérale américaine acte par écrit ce que les développeurs accessibilité, les utilisateurs de technologies d'assistance et la communauté handicap répètent depuis 2019 : un overlay JavaScript injecté dans une page ne rend pas un site conforme à WCAG. Il prétend le faire. Ce n'est pas la même chose.

Cet article retrace deux choses : ce qu'est exactement un overlay d'accessibilité, et ce que la FTC a précisément reproché à accessiBe. Le second article de cette série porte sur l'adaptation morphique, l'approche structurellement différente que nous développons avec morphic-engine.

Qu'est-ce qu'un accessibility overlay ?

Un accessibility overlay est un script tiers que le propriétaire d'un site web ajoute à ses pages, généralement via une ligne de code unique. Une fois chargé, le script analyse le DOM, injecte un widget flottant — souvent une icône en forme de bonhomme — et propose à l'utilisateur de modifier certains aspects de l'expérience : taille de texte, contraste, lecture vocale, surlignement de liens, etc.

Le pitch commercial est puissant. Il tient en trois promesses :

  • Une seule ligne de code à coller, aucune modification du site d'origine.
  • Conformité WCAG 2.1 AA "automatique", garantie par une IA.
  • Protection juridique contre les recours ADA aux États-Unis.

Le marché que ces promesses adressent est immense. Aux États-Unis, le Americans with Disabilities Act expose les propriétaires de sites publics à des recours civils si leur plateforme n'est pas accessible. Le nombre de plaintes ADA digitales déposées a explosé après 2017, passant de quelques centaines par an à plus de quatre mille en 2022. Pour un e-commerçant ou un opérateur de service public, l'idée d'un "bouclier" juridique à 49 dollars par mois est très attractive.

Le problème, c'est qu'aucune des trois promesses n'est vraie.

La promesse marketing face à la réalité technique

Un site web accessible n'est pas un site qui propose des outils d'adaptation. C'est un site dont la structure HTML, les attributs ARIA, les contrastes, les libellés alternatifs, les focus visibles, la navigation au clavier, l'ordre de lecture et le code sémantique permettent aux technologies d'assistance déjà utilisées par les personnes en situation de handicap — lecteurs d'écran NVDA, JAWS, VoiceOver, agrandisseurs ZoomText, navigateurs vocaux — de produire une expérience cohérente. WCAG décrit ces exigences sur quatre principes : perceptible, utilisable, compréhensible, robuste.

Un overlay JavaScript ne peut techniquement pas réécrire ces fondations. Il vit par-dessus un DOM dont il n'est pas l'auteur. Il peut, au mieux, masquer certains problèmes superficiels — augmenter le contraste visuel, agrandir le texte — au prix d'effets collatéraux qui en créent d'autres.

L'analyse technique la plus complète à ce jour est le Overlay Fact Sheet, signé par plus de 700 spécialistes accessibilité (chercheurs, développeurs, utilisateurs de technologies d'assistance) qui documente six catégories de problèmes récurrents :

  1. Double discours vocal : L'overlay duplique ou contredit les annonces faites par le lecteur d'écran déjà actif sur la machine de l'utilisateur, produisant un double discours inintelligible.

  2. Tabulation brisée : L'overlay change l'ordre de tabulation au runtime, brisant la cartographie mentale que l'utilisateur clavier s'est construite.

  3. ARIA hasardeux : L'overlay injecte des attributs ARIA hasardeux qui invalident le contrat sémantique d'origine (par exemple, role="button" posé sur un <div> sans tabindex ni gestionnaire de touche Entrée).

  4. Mouvement forcé : L'overlay déclenche des animations ou des transformations CSS qui ignorent prefers-reduced-motion, déclenchant nausées et crises de migraine chez les utilisateurs vestibulaires.

  5. Capture clavier agressive : L'overlay capture la frappe clavier de manière agressive, empêchant l'utilisateur d'accéder à ses propres raccourcis système.

  6. Données et RGPD : L'overlay communique vers ses serveurs des données d'utilisation qui, dans plusieurs juridictions européennes, posent un problème RGPD non résolu.

Le résultat documenté est paradoxal : pour beaucoup d'utilisateurs en situation de handicap, un site équipé d'un overlay est moins accessible qu'un site standard. Une extension de navigateur dédiée, Should I Use An Overlay, est même apparue spécifiquement pour bloquer les overlays détectés sur les pages visitées.

L'affaire FTC vs accessiBe : ce qui a été acté

Le 3 janvier 2025, la Federal Trade Commission a déposé une plainte contre accessiBe Inc. et publié simultanément un consent order proposé. La période de commentaire public s'est ouverte le 6 janvier et a duré jusqu'au 5 février 2025. Le 22 avril 2025, après examen des commentaires reçus, la Commission a approuvé le consent order final à l'unanimité.

Deux séries de manquements sont reprochés à accessiBe.

Premier manquement : la promesse de conformité WCAG. La FTC retient qu'accessiBe a "misrepresented the ability of its AI-powered web accessibility tool to make any website compliant with the Web Content Accessibility Guidelines (WCAG)" — autrement dit, que la promesse "notre IA rend votre site conforme WCAG" était dénuée de fondement scientifique vérifiable. L'ordre interdit désormais à accessiBe de faire toute affirmation, explicite ou implicite, selon laquelle ses produits automatisés rendent un site conforme à WCAG ou peuvent maintenir cette conformité dans le temps, sauf à fournir les preuves contemporaines de chaque affirmation.

Second manquement : la stratégie marketing trompeuse. La FTC retient que l'entreprise "deceptively formatted third-party articles and reviews to appear as if they were independent opinions" et qu'elle a "failed to disclose material connections to online reviewers". En clair, des articles, témoignages et avis publiés sur internet et présentés comme émanant d'experts indépendants étaient en réalité financés par accessiBe sans que ce lien soit divulgué. Le consent order impose désormais une divulgation "claire et apparente" de tout lien matériel entre l'entreprise et un endossement.

L'amende d'un million de dollars représente, comme l'a noté l'expert accessibilité Adrian Roselli, environ deux pour cent du chiffre d'affaires 2024 d'accessiBe. Le précédent juridique, lui, est sans prix : il est désormais établi qu'un overlay ne peut pas, en droit américain, être présenté comme une solution de conformité WCAG sans preuves contemporaines à l'appui.

Le contexte : plus de 800 entreprises clientes poursuivies

Le consent order FTC ne réglera pas, à lui seul, la situation des clients d'overlays. Selon le décompte tenu par TestParty, plus de 800 sites équipés d'AccessiBe ou d'overlays concurrents ont fait l'objet de plaintes ADA en 2023 et 2024. L'overlay, censé protéger contre ces plaintes, n'a empêché ni leur dépôt, ni leur recevabilité, ni leur résolution coûteuse.

L'écart entre la promesse marketing et la réalité juridique est donc documenté à deux niveaux : techniquement par la communauté accessibilité depuis 2019, juridiquement par la FTC depuis 2025.

La question qui reste ouverte

Si l'overlay n'est pas la réponse, quelle est-elle ?

L'audit WCAG manuel par un expert, suivi d'une remédiation structurelle du HTML et du CSS, reste le seul chemin établi vers une conformité réelle. C'est plus exigeant, plus lent, et moins vendable qu'une ligne de script à coller. Mais c'est aussi le seul chemin qui produit des sites que les utilisateurs en situation de handicap peuvent effectivement utiliser.

Au-delà de la conformité WCAG, une autre direction émerge depuis quelques années : l'adaptation morphique. Plutôt que de réparer en aval ce qui n'a pas été conçu en amont, elle propose de penser l'interface, dès sa conception, comme un ensemble de paramètres morphologiques que chaque utilisateur configure une fois et que la plateforme honore de bout en bout. C'est l'objet du second article de cette série.

Sources

Lire la suite : « L'adaptation morphique : concevoir au lieu de patcher » — second article de cette série, qui présente une alternative structurelle aux overlays et le projet open source morphic-engine.

Article original : https://theermite.com/blog/overlays-accessibilite-ftc-accessibe-2025

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