La Quest 2 tire sa révérence — la visualisation structurale sur écran plat devrait suivre
Quand j’ai lu que la Quest 2 allait être retirée du catalogue, j’ai repensé à la première fois où j’ai enfilé un casque. C’était dans un petit bureau de la rue de Charonne, à Paris, un après-midi de novembre. La lumière grise tombait sur un casque posé là, comme un objet oublié. Je l’ai mis. Et j’ai vu une molécule — une vraie, avec ses angles, ses distances, ses creux. Pas une image plate. Une chose qui existait dans l’espace.
Je travaille dans la chimie computationnelle. Depuis des années, je passe mes journées devant des écrans plats à faire tourner des structures 3D avec une souris. On s’habitue. On se dit que c’est normal de devoir reconstruire mentalement une protéine à partir de trois projections orthogonales. Mais ce jour-là, dans ce bureau, j’ai compris ce qui manquait.
Le retrait de la Quest 2, c’est un peu la fin d’une époque pour ceux d’entre nous qui ont découvert la visualisation immersive sur ce matériel. Un casque abordable, suffisamment puissant, qui a permis à des labos sans gros budget de tester autre chose. Et maintenant, la question qui reste : est-ce que la visualisation structurale sur écran plat devrait suivre ?
J’ai mis des années à oser le dire à voix haute. Dans mon labo, on m’aurait pris pour un original. “Pourquoi veux-tu voir une protéine en VR ? Tu as PyMOL, non ?” Oui. J’ai PyMOL. J’ai aussi des scripts, des pipelines, des rendus. Mais quand j’ai commencé à utiliser la réalité virtuelle pour explorer des conformations, quelque chose a changé dans ma façon de travailler. Pas dans les résultats — dans ma tête.
Je me souviens d’une après-midi, seule dans la salle de manip, avec un casque et un gant. Je tenais une petite molécule entre mes doigts virtuels. Je pouvais la faire tourner, la plier, la rapprocher d’une autre. Et pour la première fois, j’ai senti une gêne stérique. Pas calculée. Ressentie. Comme si mon corps comprenait avant mon cerveau.
Le produit dont je parle ici, c’est NanoSynth VR. Je l’ai découvert par hasard, en cherchant des outils pour visualiser des structures sans passer par un écran. Ce n’est pas un logiciel de modélisation lourde. C’est un visualiseur. Une sorte de pont entre les données et l’intuition. Et ce qui m’a marquée, c’est sa simplicité : pas besoin d’être un expert en VR pour s’en servir. On importe une structure, on la voit. On peut la manipuler.
Dans NanoSynth VR, il y a des modes de représentation — rubans, sphères, bâtonnets — et on peut passer de l’un à l’autre sans perdre le fil. On peut aussi superposer deux conformations pour voir ce qui bouge. Je l’ai utilisé pour comparer une forme native et une forme mutée. Sur écran plat, j’aurais passé une heure à faire des rotations mentales. Là, j’ai vu la différence en quelques secondes. Ce n’est pas magique. C’est juste que l’espace, quand on est dedans, ne se décompose pas en trois vues.
Alors oui, la Quest 2 s’en va. Et avec elle, peut-être, une certaine idée de la visualisation accessible. Mais je ne crois pas que l’écran plat doive suivre. Je crois qu’il doit rester — pour le travail de précision, pour les scripts, pour les publications. Mais il ne devrait plus être le seul endroit où l’on regarde une structure.
La technologie n’est pas là pour remplacer. Elle est là pour ajouter une couche de compréhension. Et parfois, cette couche passe par le corps.
Si vous avez un casque qui traîne, ou si vous voulez tester sans investir, NanoSynth VR fonctionne sur les principaux casques du marché. Ce n’est pas une révolution. C’est un outil. Mais c’est un outil qui m’a fait voir ce que je regardais depuis des années sans vraiment le voir.
Alors, peut-être, la prochaine fois que vous ouvrirez un fichier PDB, demandez-vous : et si je pouvais entrer dedans ?
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