Il y a quelque chose d’assez rafraîchissant à tomber sur une boîte qui dit non au cloud en 2026. Pendant que tout le monde pousse ses clients vers des abonnements mensuels et des serveurs quelque part en Virginie ou en Irlande, une petite entreprise basée à Alger fait exactement l’inverse. Elle s’appelle LeapDz, et son pitch tient en une idée simple, presque à contre-courant : vos données restent chez vous, point final.
J’ai passé un moment à explorer leur site et leurs trois logiciels. Voici ce que j’en retiens.
D’abord, ce qu’ils ne sont pas
LeapDz insiste là-dessus dès la page d’accueil, et c’est assez révélateur de leur positionnement : ils ne font pas de développement sur mesure, et ils ne copient pas non plus des solutions occidentales pour les adapter tant bien que mal au marché local. Ils construisent des produits, pensés depuis le départ pour les PME algériennes, pas des clones, pas des prestations à la carte.
Concrètement, ça se traduit par un choix technique assumé : tous leurs logiciels sont des applications de bureau, installées en local, qui tournent hors ligne. Pas de serveur distant, pas de connexion internet obligatoire, pas de données qui transitent on ne sait où. C’est un choix délibéré, disent-ils, pas une contrainte technique qu’on subit faute de mieux.
Et honnêtement, l’argument tient la route pour le contexte algérien : entre la loi 18–07 sur la protection des données personnelles, des connexions internet parfois capricieuses, et des PME qui n’ont pas forcément envie de payer en euros ou en dollars un abonnement qui ne s’arrête jamais, le modèle “achat unique, licence par machine” a du sens. On paie une fois, en dinars, et le logiciel nous appartient. Les correctifs de bugs sont gratuits ; seules les grosses mises à jour (le passage d’une version majeure à une autre) coûtent quelque chose, autour de 20% du prix de départ.
Trois logiciels, trois métiers
L’offre de LeapDz s’articule autour de trois produits, chacun avec son propre sous-domaine et sa propre identité visuelle, signe qu’ils sont traités comme de vrais produits indépendants plutôt que comme de simples modules d’une même suite.
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FinXplorer s’attaque à la finance. L’idée : pouvoir évaluer la viabilité et les risques d’un projet d’investissement avant d’y mettre le moindre dinar. Le logiciel colle aux normes comptables algériennes (le fameux SCF) et intègre même les dispositifs d’aide à l’entrepreneuriat comme l’AAPI, la NESDA ou la CNAC, des sigles qui ne parleront qu’aux porteurs de projets locaux, ce qui est justement le point. Il embarque aussi une couche IA (baptisée “Consensus”, avec trois experts virtuels) et une simulation Monte Carlo pour chiffrer le risque. Trois formules de licence sont proposées, d’un poste unique jusqu’à cinq postes pour les structures plus grandes.
Tajmaat AI est sans doute le produit au nom le plus évocateur. “Tajmaat”, c’est l’assemblée villageoise traditionnelle où se réglaient collectivement les affaires importantes. LeapDz en a fait une métaphore pour un outil de conseil stratégique : on soumet une décision difficile, et un panel d’agents IA personnalisables la débat sous nos yeux, selon quatre styles différents (round robin, contradictoire, socratique, ou recherche de consensus), avant de rendre un verdict noté et un plan d’action. L’idée derrière, assez juste je trouve, c’est de casser la solitude du dirigeant qui prend ses décisions seul face à son écran, sans personne pour challenger ses angles morts.
Inara, enfin, s’occupe des ressources humaines. C’est probablement le produit le plus détaillé des trois sur leur site. Six modules : génération de fiches de poste avec audit anti-biais, analyse et matching de CV, préparation d’entretiens avec grilles d’évaluation sur mesure, organigrammes interactifs, un centre de configuration IA, et un assistant virtuel spécialisé en droit du travail. Le chiffre qu’ils mettent en avant est frappant : un recrutement complet passerait de 45 heures de travail manuel à un peu plus de 11 minutes. À prendre avec la prudence qu’on accorde à tout chiffre marketing, mais la logique derrière, automatiser la rédaction et le tri, garder l’humain pour l’entretien et la décision, se défend. Petit détail qui a son importance : un “mode aveugle” masque automatiquement les infos personnelles des candidats pour limiter les biais au moment du tri. Inara tourne uniquement sur Windows et propose un essai gratuit de sept jours.
Une petite équipe, pas un comité
Ce qui frappe aussi, c’est la taille de l’équipe revendiquée. LeapDz ne cache pas être une structure resserrée, portée par Dekkar Mehdi, CEO et fondateur, qui insiste sur le fait qu’il n’y a “pas de comité, pas d’intermédiaires” entre le client et ceux qui construisent réellement le produit. Sur la page équipe, il résume assez bien sa philosophie : la complexité technique doit rester de leur côté, pour que de l’autre, il ne reste que l’évidence.
L’entreprise dit aussi travailler main dans la main avec des auditeurs financiers, des DRH expérimentés et des consultants stratégiques, histoire que chaque fonctionnalité colle aux réalités du terrain plutôt qu’à une checklist copiée d’un concurrent américain. Et pour rassurer sur le sérieux du développement malgré la petite taille de l’équipe, ils mettent en avant le respect de deux normes ISO reconnues en ingénierie logicielle.
Est-ce que ça peut marcher ?
C’est la vraie question. Le modèle “logiciel local, sans abonnement, données qui ne bougent pas” est séduisant sur le papier, surtout pour des PME algériennes fatiguées de payer en devises étrangères des outils pensés pour d’autres marchés. Mais c’est aussi un pari à contre-courant d’une industrie entière qui a basculé vers le cloud depuis dix ans, pour de bonnes raisons : mises à jour continues, accès depuis n’importe où, pas d’installation à gérer.
LeapDz mise clairement sur le fait que ces avantages du cloud pèsent moins, pour une PME algérienne, que la maîtrise totale de ses données et l’absence de facture récurrente. Reste à voir si le marché leur donne raison sur la durée. Mais au moins, ils ne se contentent pas de traduire un produit étranger en arabe et en français : ils partent des vrais problèmes (le SCF, la loi 18–07, le coût des devises) pour construire quelque chose qui n’existait pas vraiment avant.
Plus d’infos sur www.leapdz.com.
Produits logiciel :
https://finxplorer.leapdz.com/
https://inara.leapdz.com/
https://tajmaat-ai.leapdz.com/
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