« On me propose de l'argent, je signe. » C'est compréhensible quand le cash manque, mais la dilution d'un tour d'amorçage n'est pas une variable qu'on subit : c'est une décision de dirigeant qui engage toute la suite de votre table de capitalisation. Céder trop, ou pas assez, se paie au tour suivant.
La dilution raisonnable en levée d'amorçage se situe entre 15 et 25 % du capital, pool d'options compris. En dessous de 15 %, le tour intéresse peu un fonds. Au-dessus de 25 %, vous vous fragilisez pour la série A, où vous diluerez encore. L'objectif n'est pas de céder le moins possible, mais de garder une trajectoire saine jusqu'au tour suivant.
Cet article prolonge combien lever en seed, qui traite du montant. Ici, on regarde la contrepartie : le pourcentage de capital que vous cédez.
Pourquoi la fourchette 15-25 % n'est pas un hasard
Cette zone est le point d'équilibre entre deux intérêts opposés. L'investisseur veut une part assez significative pour que son retour ait du sens si la boîte réussit, sinon il ne s'engage pas. Le fondateur, lui, veut garder assez de capital pour rester motivé, garder le contrôle, et avoir de quoi diluer encore aux tours suivants sans devenir minoritaire trop tôt.
La dilution se calcule simplement : le montant levé divisé par la valorisation post-money. Si vous levez 800 K€ sur une valorisation post-money de 4 M€, vous cédez 20 %. Tout l'enjeu se joue donc autant sur le montant que sur la valorisation que vous arrivez à défendre, et cette valorisation dépend directement de ce que votre produit a déjà prouvé.
Les deux erreurs symétriques
Vu de mes années en CODIR, les fondateurs se trompent dans les deux sens, et les deux erreurs coûtent cher, juste à des moments différents.
La bonne nouvelle, c'est que la fourchette 15-25 % réconcilie ces deux risques. Elle laisse l'investisseur suffisamment motivé tout en préservant votre marge de manœuvre future. Quand un term sheet vous emmène nettement en dehors, ce n'est pas un détail à négocier à la marge : c'est le signal qu'il faut revoir soit le montant, soit la valorisation.
Le pool d'options : la dilution qu'on oublie
Voici le piège que je vois le plus souvent. La dilution ne se limite pas à la part cédée à l'investisseur. Il faut y ajouter le pool d'options : la réserve de capital mise de côté pour recruter et fidéliser les premiers salariés clés (futurs lead techniques, premiers commerciaux). Un fonds exige presque toujours la création ou l'extension de ce pool, en général de 8 à 15 % du capital.
| Élément | Part typique au seed | Qui le porte |
|---|---|---|
| Part cédée à l'investisseur | 12 à 20 % | Dilue tous les actionnaires existants |
| Pool d'options | 8 à 15 % | Souvent imputé aux fondateurs |
| Dilution totale ressentie | 15 à 25 % et plus | Selon où est placé le pool |
Le point qui change tout : quand le pool est-il créé, avant ou après la levée ? S'il est constitué en pre-money, ce sont les fondateurs seuls qui le supportent, et la dilution réelle grimpe bien au-delà du chiffre affiché sur le term sheet. S'il est en post-money, investisseur compris, la charge est partagée. C'est un des points de négociation les plus rentables d'un tour, et l'un des plus mal compris par les fondateurs qui lèvent pour la première fois.
Lisez le term sheet en dilution totale, pas en part cédée
Le pourcentage annoncé par le fonds est rarement votre dilution réelle. Reconstituez toujours le total : part de
l'investisseur, plus pool d'options, en regardant si le pool est en pre ou post-money. C'est cette dilution totale qui
détermine où vous serez à la série A, pas le chiffre de couverture du term sheet.
Garder de la place pour la série A
Un tour d'amorçage n'est jamais le dernier. Si tout va bien, vous rouvrirez votre capital dans 18 à 24 mois, et vous rediluerez. Raisonner la dilution du seed sans projeter la série A, c'est piloter en regardant ses pieds.
L'idée à garder en tête : à chaque tour, les fondateurs cèdent une part. Si vous lâchez 25 % au seed, puis 20 % en série A, vous êtes mécaniquement passés sous la moitié du capital avant même d'avoir atteint la rentabilité. Ce n'est pas dramatique en soi (beaucoup de belles sorties se font fondateurs minoritaires), mais ça doit être un choix conscient, pas une dérive subie tour après tour. La discipline du seed conditionne votre marge de manœuvre future.
C'est aussi pour ça que la valorisation compte autant que le montant. Mieux vaut lever un peu moins sur une valorisation bien défendue que beaucoup sur une valorisation bradée : la seconde option vous coûte un capital que vous ne récupérerez jamais. Et défendre une valorisation, ça se prépare en démontrant que la tech et le produit tiennent la promesse, exactement ce que scrute un investisseur en due diligence technique.
Le réflexe de dirigeant avant de signer
Si je devais résumer en une phrase : ne négociez pas la dilution, négociez la trajectoire. Demandez-vous où sera votre table de capitalisation après la série A, pas seulement après ce tour-ci. Reconstituez la dilution totale, pool compris, vérifiez qu'elle reste dans la fourchette, et assurez-vous que la valorisation est défendable plutôt que bradée par peur de manquer de cash. Avant d'en arriver là, encore faut-il savoir de combien de mois de trésorerie vous disposez : c'est tout l'objet du calcul de votre runway.
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